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La comptine du cloud par Claude Computine

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C’est fort à propos que le maître des cérémonies de cette soirée, Fabrice André, proposait, suivant la formule consacrée, de poursuivre la discussion durant le cocktail, autour d’une flûte de champagne. Car la conférence-débat « Quel avenir pour le cloud français ? » menaçait insidieusement de tourner au pugilat dans les souterrains salpêtrés de Telecom Paris Tech !

Tout avait pourtant bien commencé avec la présentation policée et neutraliste de Patrick Starck, président de Cloudwatt. Le ressassement des arguments cent fois répétés de l’irréversibilité de la vague du cloud, de la proportion croissante des smartphones et des tablettes dans l’accès aux services Web, de la « révolution » du paiement à l’usage, de la confusion persistante entre SaaS et cloud computing, de l’importance nationale de la souveraineté sur les données portaient gentiment à une somnolence antéprandiale. Mais enfin, quel autre argumentaire attendre de Cloudwatt, qui ne pourrait surprendre que ceux qui auraient vécu à l’isolement total dans les plus profondes mines depuis trois décennies ? Dans l’audience de vénérables mineurs, et Starck lui-même, évoquaient d’ailleurs l’époque bénie où les Normerel, CII et autres Logabax s’épanouissaient dans la filière informatique française.

Làs, c’était sans compter les deux startuppers de compétition, Matthieu Hug de RunMyProcess, et Jean-Paul Smets de Nexedi et Vifib, invités à témoigner de la vitalité des jeunes entrepreneurs du Net. Hug rappelait dans un exposé, ciselé à la bigorne acérée, la médiocrité et l’insignifiance de la filière auto-proclamée du logiciel, la déshérence du savoir-faire algorithmique et informatique français, y mêlant tout à la fois le mépris des grands comptes pour les petits éditeurs et la commande publique vétilleuse, l’impécuniosité du financement privé d’amorçage et de capital-risque et le coma avancé des marchés réglementés pour les introductions en bourse, histoire de faire bonne mesure.

Quant à Smets, encore auréolé du slapossage en règle du même Starck — décidément dans le rôle de la victive expiatoire ! — aux États généraux de l’Open Source (si bien abrévié EGOS) lundi dernier, il renchérissait brillamment en appelant à signer la pétition pour le dégroupage du cloud souverain français, une initiative indispensable dans le contexte doctrinal actuel, ouverte à tous et lancée à l’initiative des entreprises Alter Way, Gandi, IELO / Lost-Oasis, If Research, Nexedi, ViFiB et des associations ADULLACT et AFUL. Non sans avoir illustré l’ignorance même de l’industrie pour ses génies inconnus comme Fabrice Bellard à qui l’on doit QEMU, un émulateur de processeur universellement utilisé, un Linux entièrement écrit en Javascript pour tourner dans le navigateur Web, et aujourd’hui une station de base LTE 4G complète sur PC — sans oublier les premières 2700 milliards de décimales de pi ! Connaîtra-t-il lui-aussi le sort d’un Louis Pouzin ? En tout cas, tous méritent d’urgence notre reconnaissance admirative.

C’était à Jamal Labed, dirigeant d’EasyVista (l’ancien Staff & Line) et président de l’AFDEL, qu’échoyait le rôle ingrat d’expliquer les mutations qu’impliquait le passage au cloud computing tant pour les utilisateurs, que pour les directions informatique et pour les éditeurs de logiciels et de services. Car derrière la classification commode en couches superposées IaaS, PaaS et SaaS, qui vous permettra de briller dans les salons où l’on cause, se cachent de véritables ruptures techniques novatrices. Le rapport d’échelle du Google Cloud à un datacenter traditionnel, d’il y a encore à peine cinq ans, est aujourd’hui déjà celui qui sépare ce même datacenter d’un simple PC ! Et en effet, alors qu’Amazon publie des résultats triomphaux, Numergy et Cloudwatt, à peine lancés, suscitent déjà les interrogations résumées par le cabinet Kurt Salmon, qui visent le caractère spécieux des alibis, peut-être assenés avec trop de complaisance, de la souveraineté et de la sécurité.

Mais finalement, plus que le débat sur la légitimité des arguments de souveraineté et de sécurité, qui met en jeu des jugements socio-économiques, par essence, ouverts et discutables à l’envie, ne conviendrait-il pas aussi de s’interroger sur les régimes de contrôle et de surveillance qu’ils appellent dans l’environnement doctrinal actuel que l’on voit en pleine évolution ?

Le lourd silence consterné dans lequel le rapport Colin et Collin a été accueilli par ses commanditaires, quatre ministres de Bercy, témoigne du désarroi numérique en haut lieu. La mission d’expertise sur la fiscalité du numérique a débouché sur un énorme chantier, qui consiste rien de moins qu’à refondre toute la boîte à outils du fisc et à inventer la TVA du XXIe siècle, alors qu’on demandait tacitement aux Col(l)in d’entériner purement et simplement l’arc-réflexe de jalousie peccamineuse de la taxe Google ! Décidément on n’est pas aidé dans le néo-colbertisme marxisant de la structuration des filières à tout prix.

Sujet d’autant plus dogmatiquement sensible qu’à l’heure où l’on nous préfigure un Paris numérique — avatar d’Astérix Numerix, 25 incubateurs, 700 startups, un village gaulois qui résiste ? — Google, qui était naguère accueilli en grande pompe par un précédent président de la République dans ses nouveaux et somptueux locaux lutéciens (joie sans partage de la Mairie de Paris, de la Région Île-de-France, de la France gloire mondiale de l’attractivité du territoire national !), ne vient-elle pas, presque subrepticement comme pour s’acheter une virginité fiscale partout polémique, d’investir un généreux million d’euros — soit quelques minutes de revenus publicitaires défiscalisés — dans un « espace de 1500 mètres carrés », dont le nom provisoire est Grand lieu intégré d’innovation (GLII), situé dans le deuxième arrondissement de la capitale et porté par l’association Silicon Sentier avec la Région Île-de-France et la Ville de Paris ? De la concurrence impérialiste américaine à une filière d’incubateurs française ?

Cela fleure bon le vintage 2005 et la « riposte européenne au moteur de recherches californien » de Jean-Noël Jeanneney. Et à propos, quelles nouvelles de Quaero, le « machin » chiraquien qui devait faire mordre la poussière à Google et à Yahoo! ? Si l’on peut juger avec indulgence les voeux pieux, contemporains, de France Numérique 2012 (re-visionnez l’impayable vidéo), en revanche comment laisser passer la tentation facile de délégation des missions de services publics à des officines privées qui, apparemment, fait office de réflexion en notre belle bureaucratie ? La Hadopi qui confie avec inconséquence la surveillance des téléchargements privés du citoyen à Trident Media Guard — pour une fois qu’une startup française décroche une commande publique ! — la BnF qui délègue la numérisation du patrimoine culturel à ProQuest (UK), Believe Digital (France) et Memnon Archiving Services (Belgique), Bruno Racine digne successeur du même Jean-Noël Jeanneney, paveraient-ils ainsi la voie de l’avènement d’une Nouvelle surveillance en partenariat public-privé ?

Labed se réjouissait, d’autre part, que Fleur Pellerin, ministre déléguée en charge de l’Economie numérique, au cours de ses voeux aux acteurs du numérique, eût confié à l’AFDEL l’amorce d’une réflexion sur la structuration de la filière Big Data française. Une semaine auparavant, c’était aux EGOS qu’un Syntec Numérique se réjouissait également — dans les grincements de dents et les sourires crispés de circonstance du CNLL, dont l’antériorité et la représentativité devraient faire autorité en la matière — que la ministre appelât de ses voeux à la structuration de la filière Open Source française.

Au vu de quoi, je réclame d’être catapulté Commissaire général à la structuration des filières du buzzword françaises. Les besoins sont pressants, l’évidence aveuglante, l’urgence indiscutable, l’intérêt national :

  • Préfiguration de la structuration de la filière *Quantified Self*française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Web 2.0 française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière NoSQL française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Open and Linked Data française, en liaison, cela va sans dire, avec Henri Verdier ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Internet of Things française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Personal Cloud française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière In Memory Flash Computing française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Javascript/Node.js française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Social Graph française ;
  • Préfiguration de la structuration de la filière Chiffrement homomorphique française — blague à part, voilà une idée à creuser comme celle des Physical Unclonable Functions.

(Des grands anciens, ingénieurs des télécommunications qui, comme votre serviteur, eurent à connaître des mérites de la pupinisation et des vertus isolantes du gutta-percha me signalent l’impérieuse nécessité du rétablissement d’une filière française du langage de programmation Jovial, dernier rempart à l’invasion des scripts, mais là la situation paraît indéniablement compromise.)

Bref le travail ne manque pas et j’appelle aux bonnes volontés pour produire les indispensables prolégomènes, pétitions, rapports de mission, appels à propositions, appels à manifestations d’intérêt et autres cris d’alarmes ou appels au secours que doivent inspirer cette doxa numérique.


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